C'est avec
plaisir que je vous souhaite la plus cordiale
bienvenue sur le site international de la Société de Marie. En naviguant à travers ces pages,
j'aimerais vous inviter à le faire fraternellement, dans un esprit de prière et
de réflexion.
A
travers ces
pages, vous découvrirez la contribution particulière que les prêtres et les
frères de notre petite congrégation mariale apportent chaque jour à la vie
d’innombrables hommes et femmes à travers le monde.
Notre
spiritualité se distingue par la manière dont nous désirons vivre l’Évangile.
En fixant notre regard sur Marie présente au cœur de l'Eglise des premiers
temps, nous apprenons l'esprit de
Marie en nous laissant guider par celle qui fut la première et la plus éminente disciple de Jésus.
Cette spiritualité, vécue dans toutes les situations quotidiennes, enrichit
notre vie. Elle peut aussi enrichir la vôtre.
Je vous invite
donc à partager « la manière de
Marie » en vivant avec nous de son esprit.
Jan Hulshof s.m.
Supérieur général
Lettre du SUPÉRIEUR
GÉNÉRAL
2008-1
♦ mars
♦
VOCATIONS
Bien chers confrères,
Le 28 décembre dernier, treize novices
originaires d’Océanie faisaient profession à Tutu. Andrea, Alfred,
Borger, Fabian, Glenfort, Godfrey et un autre Godfrey, Iosefo,
Patrick, Raymond, Richard, Samuel and Tuiaki ont fait un pas décisif
dans leur cheminement vers la liberté, l’amour et la joie, pour
reprendre les mots de nos constitutions : ‘Libérés par l’amour de
Dieu de toute recherche de soi, ils deviennent les fidèles
serviteurs de la volonté du Père et en viennent à connaître la joie
promise par le Christ’ (94). La profession a été précédée de
plusieurs années de pré-noviciat et d’une année d’intense initiation
à la vie religieuse sous la direction du maître des novices, Ben
McKenna, et de son socius, Milikiade Raiyalu. Ce fut un évènement
réconfortant pour les Maristes, non seulement en Océanie, mais aussi
au-delà.
Hors de l’Océanie,
la nouvelle qu’un groupe d’une bonne douzaine de jeunes gens ait
rejoint la Société a pu causer quelque étonnement. ‘Pourquoi
l’Océanie, Mexico et les districts ont-ils des novices et pourquoi
avons-nous si peu de vocations en Europe, aux USA, au Canada, en
Australie et en Nouvelle Zélande ?’ Cette question est une cause
d’inquiétude pour beaucoup d’entre nous et j’entends déjà toutes
sortes de réponses : ‘Nous n’avons pas de vocations parce que
nous ne les méritons pas’ – ‘Les jeunes sont si préoccupés par
l’argent, leur carrière et les activités de loisir qu’ils ne peuvent
penser à la vie religieuse’ – ‘Dans les sociétés occidentales, la
vie religieuse n’est plus un moyen d’ascension sociale.’
Je ne crois pas que
les Maristes soient de moindre qualité dans une partie du monde
qu’ailleurs et je ne pense pas non plus que les jeunes adultes des
pays situés entre les tropiques du Cancer et du Capricorne soient
plus généreux que ceux d’ailleurs. Mais cela fait une différence
quand un jeune, dans sa quête spirituelle, est soutenu par sa
famille, l’école et des amis ou lorsqu’il doit résoudre seul tous
ses problèmes. Cela fait une différence quand le fait de devenir
religieux permet de grimper ou, au contraire, fait descendre dans
l’échelle sociale. Nous avons ici des éléments de réponse. Bien que
dans les cultures sécularisées, la foi en Dieu n’ait point disparu,
elle a beaucoup perdu de son assise sociale. Et comme il n’y a pas
de vie religieuse sans foi en Dieu, dans beaucoup de parties du
monde, la vie religieuse a aussi perdu une grande partie de son
assise sociale.
Nous n’avons pas à
nous lamenter de cela. Ce qui apparaît comme une difficulté peut
devenir une opportunité. La vie religieuse est, par nature, une
entreprise hautement personnelle. Comme Jésus lui-même, ses
disciples doivent aller à l’encontre des attentes de la famille, du
clan et de la culture. La seule motivation qui comptait pour Jésus
était une passion sans compromission pour Dieu et pour son
royaume. Une profession religieuse est exactement de cet ordre :
une expression publique de la passion d’une personne pour Dieu.
C’est ce qui attire les jeunes vers la vie religieuse. Tout le reste
est disponible ailleurs. Cela ne veut pas dire que Jésus souhaite
que ses disciples deviennent comme éthérés et détachés du monde.
Quand il leur dit ‘Cherchez d’abord le Royaume de Dieu’ (Matthieu
6, 33), il veut que leurs cœurs soient tout brûlants de l’amour de
Dieu et de l’amour du prochain. Dans les Ecritures, la passion pour
Dieu implique un vrai dévouement à la prière et la contemplation,
mais également une passion pour l’humanité qui comprend l’amour
fraternel. ‘Ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que
pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement
avec ton Dieu’ (Michée 6, 8).
Tout ceci est
important pour la question des vocations. La première chose à faire
n’est pas d’organiser des activités vocationnelles mais de
transformer nos communautés en lieux où quelque chose de notre
passion pour Dieu est palpable : dans notre façon d’organiser notre
temps, notre vie commune, nos ministères. Le dernier numéro de
Vocation Newsletter des provinces de Boston et d’Atlanta
contient un rapport sur le ministère des vocations au cours des sept
dernières années. Je me réfère à deux de ses conclusions. La
première est que pour les jeunes adultes d’aujourd’hui qui
s’informent au sujet de la vie religieuse, le ministère est une
préoccupation mais pas lapréoccupation. ‘Ils
désirent savoir ce que les vœux, la prière, le culte et la vie
commune exigeront d’eux et si cela sera suffisant et assez valable
pour susciter chez eux le don de leur vie’. La seconde
conclusion est qu’aux Etats-Unis des ordres religieux reçoivent des
vocations, mais seulement ‘ceux qui présentent une claire vision
de leur vie religieuse : qui ne se focalise pas uniquement sur leurs
ministères, mais comprenne également la prière et la vie
communautaire’.
Si nous réussissons
à réinstaurer nos priorités, pourquoi ne pas croire que notre
Société a un avenir, non seulement en Océanie mais aussi ailleurs ?
Dernièrement, un noviciat international de langue anglaise a été
établi aux Philippines, en complément du noviciat actuel de Tutu en
Océanie et de celui, latino américain, de La Jordana au
Mexique. Il débutera en avril 2009. Je vous demande, en ce temps de
Carême et de Pâques de porter dans vos prières nos novices actuels
et à venir ainsi que leurs formateurs. Dans tout cela, la vie de
chacun d’entre nous est en jeu. Après tout, chaque noviciat est
comme un symbole du long cheminement de la vie de tout Mariste. On
n’en finit pas d’apprendre comment ‘vivre le mystère de la mort
et de la résurrection du Christ’ et comment ‘mourir à ce
monde et devenir les hérauts du nouveau monde inauguré par Jésus
ressuscité’ (Constitutions 94).
Je vous souhaite
beaucoup de bénédictions en ce temps de la semaine sainte et de
Pâques.
Jan Hulshof
Supérieur général
2007-4
♦ décembre
♦
RENOUVELER NOTRE PRIERE MARIALE
Chers confrères,
«Dans le cadre de notre vie en Christ», une de nos premières
préoccupations devrait être «d’approfondir notre compréhension de
notre relation à Marie et de renouveler notre prière mariale». Cette
ligne politique du Conseil de Société de 2005 est le sujet de ma
lettre. Pour le dire d’emblée, je ne puis en aucune manière
prétendre que cette ligne politique ait provoqué une onde de choc
dans la Société. Il est vrai que la Province de France prépare un
recueil de réflexions, de prières et de témoignages qui sera une
suite à la belle publication de 1990 « Des Maristes parlent de
Marie », mais dans l’ensemble cela ne nous a pas enflammés.
Est-ce signe d’indifférence ?
Pas nécessairement. En juillet dernier, je me trouvais à La Neylière
avec des confrères et des amis des Pays Bas. Un soir, après
l’eucharistie, nous nous sommes tournés vers Marie telle qu’elle est
représentée dans la fresque de Chantal Dessirier sur le mur du fond
de l’oratoire. Un Mariste dit alors : « Marie est derrière nous et
peut-être c’est comme cela qu’elle doit être. Elle est une
inspiration, derrière nous, plutôt que devant nous comme un objet de
culte de la personnalité. Plutôt que de regarder vers Marie,
nous préférons regarder la vie avec elle. » Ces mots me
rappelèrent ce que Jean Coste disait en 1973 : les Maristes
paraissent plus intéressés à suivre Marie dans sa manière
d’approcher la vie plutôt que de se focaliser sur sa personne. Il
pensait que cette attitude, plutôt que de l’indifférence, pouvait
exprimer une sensibilité typique pour la manière dont Marie est
présente : « comme inconnue et cachée ».
Cependant Coste fit une remarque en
forme d’avertissement. « Le jour, dit-il, où Marie ne sera plus que
le symbole d’un comportement idéal sans que la personne qui a
inspiré ce comportement soit aimée...ce jour-là il ne restera plus
grand-chose de notre Société » (Marie, aujourd’hui chez les pères
maristes, 1973). Je pense que ce que Coste voulait dire est qu’à
la fin, l’inspiration pour nos vies ne vient pas de symboles mais de
personnes. Les Ecritures nous parlent du Christ ressuscité comme
d’une personne. « Il nous aime » (Ap 1, 5). Marie, emmenée au ciel,
ne peut pas ne pas participer à son amour pour nous. C’est pourquoi
Vatican II se réfère à elle comme à une mère aimante et attentive (Lumen
Gentium, 62). Notre Société a toujours vécu sa relation à Marie
comme un lien personnel. Les Maristes ont eu le sentiment qu’ils
répondaient à son appel, qu’ils pouvaient compter sur son aide,
qu’ils travaillaient à son oeuvre : être le soutien de l’Eglise
naissante dans les combats « des derniers temps ». Sans cette
relation personnelle à Marie, notre prière mariale n’aurait aucun
sens. Unis aux chrétiens innombrables de l’Est et de l’Ouest, nous
demandons à Marie de nous mener au Christ, de nous aider au long de
notre parcours, et de nous montrer sa tendresse de Mère de
Miséricorde.
Mais nous devons connaître celle à qui nous nous adressons. Nous
avons besoin d’approfondir la compréhension de notre relation à
Marie. Cela signifie que lorsque nous écoutons le Christ, au sens
positif du terme, « comme l’a fait Marie », nous apprenons à « nous
animer de son esprit » et discernons quel parti elle prend, de telle
sorte que nous « ne cherchions pas nos intérêts propres mais
uniquement ceux du Christ et de Marie » (Constitutions, 228).
En même temps, nous devons avoir assez de sens critique, nourri par
la foi, pour discerner les formes de dévotion mariale inadéquates.
Trop souvent le nom de Marie a été mis au service d’intérêts humains
et pour détourner les gens : comme une sorte de point de ralliement
catholique contre le protestantisme, la république, le communisme et
le féminisme, sans oublier l’Islam. Il faut le reconnaître, cela
fait maintenant longtemps que les fêtes de Notre Dame des
Victoires (le Rosaire) et du Saint Nom de Marie ont été
instaurées pour remercier Marie d’avoir aidé les chrétiens à battre
les Turcs, mais aujourd’hui encore des idéologies nationalistes et
religieuses trouvent un terrain favorable dans certains sanctuaires
mariaux. Comment, pour l’amour du ciel, est-il encore possible de
servir les intérêts de Jésus et de Marie en priant le rosaire contre
les musulmans ? Vatican II nous oriente dans une autre direction.
Nous devons demander à Marie « d’intercéder près de son Fils...
jusqu’à ce que toutes les familles des peuples, qu’ils soient déjà
marqués du beau nom de chrétiens ou qu’ils ignorent encore leur
Sauveur, soient enfin heureusement rassemblés
dans la paix et la
concorde en un seul Peuple de Dieu » (Lumen Gentium, 69).
En septembre 2008, nous souhaitons commencer une année de
préparation spirituelle à notre chapitre général de 2009. Peut-être
connaissez-vous une prière mariale – en dehors des prières
traditionnelles – que vous aimez particulièrement. Pourquoi ne pas
nous l’envoyer à Rome pour nous aider à réaliser un recueil de
prières mariales de toutes les parties du monde qui pourraient être
utilisées pour la préparation du chapitre général ? Ce recueil
exprimerait la richesse et la diversité culturelle de la prière à
Marie. De cette façon nous pourrions nous aider les uns les autres à
renouveler notre prière à Marie. D’avance, je vous remercie de
prêter attention à cette demande. Nous aurions besoin d’avoir votre
apport avant le 1er mai
2008.
Nous célébrons,
la semaine prochaine, la fête de l’Immaculée Conception. Dans
notre tradition, la dévotion mariale est plus affaire de gestes
discrets que de manifestations exubérantes ou de grands pèlerinages.
Notre fondateur aimait que les choses soient simples : « Pour
implorer le secours de sa protection... lorsqu’ils passent devant
une image de cette aimable Vierge, ils la saluerontpieusement en
disant : Je vous salue,
Jan Hulshof
Supérieur général
2007-3
♦
septembre
♦
COLLABORATION INTERNATIONALE (FORMATION)
Chers confrères
Cette lettre traite de
collaboration internationale dans la S.M., surtout dans le domaine
de la formation. Lors de notre récente visite en Mélanésie, Paul
Fréchette et moi avons été impressionnés de voir combien la vie
mariste en Océanie est internationale. Aux Salomons, nous avons
rencontré des maristes autochtones, mais aussi des confrères de
Tonga, de Bougainville, des États-Unis, de Grande-Bretagne,
d’Irlande et des Pays-Bas. À Bougainville, des maristes du milieu
nous souhaitèrent la bienvenue, mais nous avons aussi rencontré des
confrères de Papouasie-Nouvelle-Guinée, de Fidji, de Tonga, des
Salomons et des Pays-Bas. Des maristes de Papouasie Nlle-Guinée, de
Tonga, de Fidji travaillaient dans la paroisse de Kanosia, en
Papouasie-Nlle Guinée, à une heure de route de Port-Moresby.
Cette collaboration
internationale aurait été impossible sans une formation
internationale préalable. Ce qui nous a frappés au Marist College de
Bomana, c’était la composition internationale de cette communauté de
formation. Un bon nombre d’étudiants sont de Bougainville; d’autres
sont du Vanuatu, de Fidji, de Tonga et des iles Salomons, tandis que
leurs formateurs et leurs professeurs sont de Fidji, de Tonga et de
Nlle-Zélande. Cela me rappela ma visite de l’an dernier au noviciat
de Tutu et au collège mariste de Suva où j’ai vécu une expérience
semblable d’internationalité. Les étudiants et les novices venaient
des huit régions de la province d’Océanie avec en prime un confrère
du Cameroun. Les formateurs et les professeurs venaient de Tonga,
d’Australie, de Fidji, de Samoa, des Salomons et de Bougainville.
On dira que la nécessité
a imposé ce caractère international à la formation en Océanie. Sans
doute, mais on a su faire de nécessité vertu et un besoin est devenu
une richesse. La formation internationale a permis aux étudiants de
se préparer à œuvrer dans un monde en voie de mondialisation rapide.
Les caractéristiques de ce monde sont les migrations, les
entreprises internationales, le tourisme et les techniques globales
d’information, sans oublier les tensions ethniques et culturelles
que la mondialisation exacerbent. Mais dans des centres
internationaux de formation, les étudiants font l’expérience que le
Royaume de Dieu dépasse les frontières nationales. Ils apprennent à
bâtir la communauté, non par l’imposition d’ une sorte d’uniformité,
mais par l’accueil respectueux des différences; c’est ainsi qu’ils
sont mis au défi d’éviter toute
discrimination qui naîtrait des différences de race, nation, région
ou culture. Ils s’efforcent de se comprendre, de s’écouter, de
communiquer fréquemment dans l’amitié et de dépasser leurs vues et
leurs intérêts propres pour le bien du Royaume. (Constitutions, no29)
Le chapitre général de
2001 demandait au Supérieur général de faire une priorité de la
dimension internationale de la formation. Nous avons passé beaucoup
de temps et avons dépensé beaucoup d’énergie à dessiner la carte
générale de la formation dans notre congrégation. Craig Larkin,
vicaire général et responsable de la formation, visita toutes les
maisons de formation dans la Société. Lisant son rapport dans la
lumière des résultats du Conseil de la Société de Mexico, nous en
avons conclu qu’une internationalisation accrue de la formation
était nécessaire pour des raisons d’ordre pratique et désirable pour
des raisons missionnaires. En novembre, à Sydney, l’administration
générale et les supérieurs majeurs vont discuter de la proposition
suivante : Pour l’avenir prévisible, la Société aura trois
noviciats internationaux : un en Océanie, un en Amérique latine, et
un troisième de langue anglaise. On comptera aussi trois maisons de
théologie : deux en Océanie et une troisième quelque part ailleurs.
Ces centres de formation devraient créer entre eux un réseau de
relations, d’échanges et d’entraide.
J’ai entendu des maristes
avancer l’argument que la formation devrait se dérouler dans la
culture propre du candidat. On ne peut traiter cette objection de
façon adéquate dans une lettre brève comme celle-ci. Néanmoins,
j’aimerais présenter les trois commentaires suivants : 1) Nous
proposons d’internationaliser seulement deux des six étapes de
formation : le noviciat et la théologie. Le pré-noviciat, la
philosophie, les années de formation pratique au ministère, l’année
du diaconat, et les cinq années qui suivent la profession ou
l’ordination restent sous l’entière responsabilité des provinces
d’origine. 2) La formation internationale ne vise pas à devenir a-culturelle,
mais bien multi-culturelle. La culture propre d’un candidat n’est
pas mise entre parenthèses; les échanges inter-culturels feront
inévitablement partie de la vie communautaire. 3) Contrairement à ce
que beaucoup peuvent penser, aller à l’étranger ne cause aucun tort
à l’identité culturelle d’un individu. Comme l’exprima Rudyard
Kipling : Que peuvent-ils bien savoir de l’Angleterre ceux qui ne
connaissent que l’Angleterre? J’ai entendu un jeune mariste
exprimer la même chose en ces mots : C’est seulement depuis que
je suis à l’étranger que j’ai compris ce que signifie être Tongien.
Que le Saint Nom de notre
première et perpétuelle supérieure soit une source d’inspiration
pour nous tous et spécialement pour ceux d’entre nous qui sont
rejoints directement par le monde de la formation : les étudiants
mais aussi les formateurs, les professeurs, les supérieurs majeurs,
les commissions de formation et enfin nos irremplaçables
bienfaiteurs.
Jan Hulshof
Supérieur
général
2007-2
♦ Juin
♦
VOCATIONS
Chers
confrères,
Une
conviction très simple m’anime en commençant cette lettre : le rajeunissement de
son personnel est une préoccupation majeure de toute organisation qui croit en
son avenir. Pratiquement tous les Maristes que j’ai rencontrés au cours des
dernières années partagent cette préoccupation, ce qui n’empêchait pas plusieurs
de reconnaître qu’ils n’avaient que très rarement suggéré à quelqu’un de joindre
nos rangs. Chaque fois que je leur ai demandé la raison de ce comportement, j’ai
reçu trois catégories de réponses :
1)Je trouve que le recrutement est quelque chose de dépassé, car il est un
empiètement sur la liberté des candidats.
2)Ma province n’a vraiment ni l’âme ni le feu qu’il faut pour accueillir
des candidats.
3)L’âge moyen dans ma province rend
irresponsable l’invitation faite à un candidat.
Chacune de ces réponses mérite considération. Ce qui suit
n’est guère plus que l’ébauche de quelques pas dans la direction de ce monde des
vocations et du recrutement.
- Le recrutement est-il un empiètement sur la liberté
des candidats ? Bien entendu, toute vocation relève d’un dialogue
personnel entre Dieu et l’individu. Nulle tierce personne ne devrait s’immiscer
là brutalement. C’est Dieu qui appelle. Néanmoins, Il le fait généralement à
travers un porte-parole humain. Les Écritures regorgent de gens qui appellent ou
qui sont appelés. Souvent ils n’aiment ni appeler ni être appelés. Cela est vrai
aujourd’hui plus que jamais dans le passé puisque notre vie sociale est
largement tributaire du principe de communication non-engageante : N’envahissez pas mon espace personnel et je n’envahirai pas le vôtre.
Appeler, bien sûr, enfreint cette réserve sociale. Jésus n’a forcé aucun
de ses disciples, mais Il les a bel et bien appelés. Il peut sembler que
je respecte la liberté d’une personne en m’abstenant de lui indiquer une voie
possible, mais en me taisant je peux aussi fort bien limiter sa liberté. Je le
prive de l’occasion de choisir librement une voie qu’il aurait peut-être
librement choisie si je lui en avais révélé l’existence. Le recrutement ne va
pas contre la liberté. Tout au contraire, il requiert la mise en place d’une
atmosphère de liberté et de confiance créée par les contacts personnels. Damian
Dempsey, jusqu’à tout récemment directeur des vocations en Nouvelle-Zélande,
déclarait que son expérience personnelle avait renforcé sa conviction que lorsqu’il s’agit de promouvoir les vocations, rien ne peut remplacer le contact
personnel. L’évaluation des prometteuses fins de semaine de discernement
vocationnel à Boston et à Berkeley dont fait état le numéro de mai de la Lettre des Vocations d’Atlanta et Boston abonde dans le même sens.
- Est-ce que ma région est incapable d’accueillir des
vocations ? J’aimerais aborder la question sous un angle plus positif.
C’est ce que fit le Père Colin lorsqu’il dit un jour que les Maristes de Lyon
attiraient des vocations parce qu’ils œuvraient dans les prisons et avec les
pauvres. « Il y en a qui disent : Les Maristes vont dans les prisons,
soignent les pauvres…c’est bien là une œuvre de Dieu, et ils demandent leur
admission, et voilà ce qui les affectionne à la Société » (E.S. 18,3). Si
Colin voit juste, nous ne pouvons pas nous contenter de libérer un homme pour le
ministère des vocations et le pourvoir d’un budget. Nous devons tous renouveler
nos vies et nos ministères. Comment pourrions-nous autrement prier de façon
crédible pour les vocations ? Dans le même ordre d’idée, il n’est pas nécessaire
qu’une communauté soit parfaite pour être prête à accueillir des vocations.
Comme un candidat me le dit un jour, il était heureux dans sa communauté, non en dépit de ses misères, mais
avec ses misères. Travailler
ensemble à corriger une situation est un défi plus intéressant que marcher seul
à la suite de frères qui vous précèdent loin en avant sur le chemin de la
sainteté, ajoutait-il. Quoi qu’il en soit, l’expérience laisse voir une
sorte d’interaction entre un candidat et sa communauté. La communauté aide le
candidat dans sa croissance spirituelle, et le candidat rappelle à nouveau à la
communauté ce que signifie être appelé à suivre Jésus dans un groupe de frères.
- Est-ce que la moyenne d’âge dans ma province ou
délégation est trop élevée pour qu’il soit convenable d’inviter de nouveaux
membres ? Je ne veux pas minimiser le sérieux de cette question, mais
j’aimerais pouvoir en discuter dans un contexte plus large. Il serait possible
de réduire la différence d’âge entre les plus jeunes membres d’une région donnée
et un candidat qui se présente si cette région faisait partie d’une entité plus
grande. Les effets de la différence d’âge diminueraient également si nous
réunissions nos candidats dans des centres internationaux de formation dotés de
structures adéquates. Je renvoie à la question soulevée par John Thornhill dans
Forum Novum de novembre 2000 : Jusqu’à quel point la division de la Société
en unités autonomes et étanches rend-elle difficile le partage des énergies
créatrices que l’on retrouve dans la Société ? Ce n’est pas pour rien que
nos Decreta Capitularia commencent en disant que par sa profession un
Mariste appartient à la Société perçue comme un tout. (DC 3).
Dans les mois qui viennent, les chapitres et les assemblées
de provinces ou de délégations en Europe et aux USA vont discuter de structures
plus appropriées pour notre vie et notre mission. Aujourd’hui, nous avons besoin
de clairvoyance et de sagesse, mais plus encore de courage et de feu. Trop
souvent peut-être, nous poursuivons indéfiniment l’étude de questions non pas
dans le but de trouver les réponses, mais parce que nous craignons ce que ces
réponses pourraient être. À la Pentecôte, nous célébrons la fondation de
l’Église. Elle se forma comme la communauté des appelés venant des nations
(ekklesia). Ce qui a poussé Pierre et les onze à se lever, à prendre la parole
et à s’adresser à la foule et ainsi à fonder l’Église (Act 2,14) n’était pas une
étude de faisabilité ou une analyse des conditions optimales, mais l’expérience
de l’Esprit Saint. À notre tour, prions avec les disciples de Jésus et avec
Marie, la Mère de Jésus, pour la venue de l’Esprit Saint sur l’Église et sur
notre Société.
Jan Hulshof Supérieur général
2007-1
♦ Mars ♦
MISSION
Chers confrères,
Notre mission en Océanie et dans les districts nous demande beaucoup d'attention,
tant et
si bien que certains confrères se demandent parfois si la Société a encore une
mission dans
ce que j'appelle ici, par commodité, 'la partie occidentale' du monde :
Australie et
Nouvelle Zélande, Europe, USA, Canada. Cette lettre traite de cette question.
Il est vrai que certains d'entre nous étiquettent encore telles ou telles
régions
géographiques comme 'pays de mission' et associent 'mission' avec tiers monde,
pauvreté
et pays lointains. Mais cette manière de penser a perdu le contact avec la
réalité. Je me
souviens d'un missionnaire expatrié qui avait des problèmes de santé. Son
docteur pensait
qu'il devait songer à retourner dans son pays mais ce n'est pas du tout ce que
lui
souhaitait : « J'ai peur de retourner chez moi et de prendre un ministère dans
mon pays
d'origine. Quand j'y suis allé en vacances, la dernière fois, j'ai remarqué bien
des chaises
vides à la messe. Et même les enfants de mes neveux et nièces ne sont pas tous
baptisés !
Je veux mourir comme missionnaire !» Le docteur ne put alors s'empêcher de lui
faire
remarquer : « Après tout ce que vous venez de me dire, si vous désirez mourir
comme
missionnaire, vous feriez peut-être mieux de rentrer chez vous ! »
Nos constitutions n’identifient pas de territoires de mission, mais disent
seulement que
nous sommes tous appelés à être missionnaires : 'en tout temps et en tout lieu'
(12). Cela
dit, la question demeure : que doit-on comprendre par 'missionnaire' depuis que
l'idée de
'mission' est devenue un concept tellement central dans la théologie et la
doctrine qu’il constitue la définition de l'Église dans son être propre et dans toutes ses
activités. Plus
concrètement, dans nos constitutions, être missionnaire signifie aller de place
en place
pour annoncer la Parole de Dieu, réconcilier, catéchiser, visiter les malades et
les
prisonniers, pratiquer les œuvres de miséricorde, être attentif aux pauvres et
aux victimes de l'injustice (12). Une attention spéciale est portée à l'éducation (13), à la
première
évangélisation et au renouveau des communautés chrétiennes (12-14). Il n'est
mentionné
aucun territoire spécifique. Le chapitre de 2001 ne pointe pas non plus de
régions
missionnaires spécifiques, mais parle de tendances globales qui conditionnent
partout
notre mission (DD 1-27). Enfin, le conseil de Société 2005 déclare explicitement
que
l'évangélisation et la ré-évangélisation sont nos priorités dans chacun des cinq
continents (30).
Donc, s'il y a un problème, il n'est pas dans nos textes, mais plutôt dans nos
têtes, dans nos
mentalités et dans nos pratiques. Quant à notre mission aujourd'hui, nous devons
revoir
nos coordonnées. Nous parlons toujours des gens en marge de l'Eglise, mais la
périphérie
est devenue la norme. Les catholiques qui ne viennent pas à la messe ne sont
plus
l'exception qui confirme la règle, pas plus qu’ils ne nous surprennent. Ron
Rolheiser,
théologien omi, l'a récemment exprimé de cette manière : « Le commandement de
Jésus
demeure : laisser les quatre vingt dix neuf brebis qui ne se sont pas égarées
pour aller
chercher celle qui s'est perdue. Aujourd'hui, cependant, l’attitude par défaut
semble avoir
changé et la question est peut-être davantage de laisser l’unique et d'aller
vers les quatre
vingt dix neuf. »
Cela veut dire que nous devons partir sur de nouvelles bases. Nous ne pouvons à
la fois
dire que nous sommes dans une situation de mission et nous plaindre en même
temps des
chaises vides et de l'analphabétisme religieux… Pourquoi être surpris et
découragé que le
champ de la mission ne ressemble pas à un jardin de roses ? A cet égard notre
fondateur
était remarquablement réaliste : « Il n'est pas besoin d'aller en Océanie pour
trouver des
peines et des dangers. La plupart des français valent-ils mieux que les naturels
de
l'Océanie ? Ont-ils plus de foi ? Plus de mœurs ? Ceux d'entre vous qui ont
parcouru la
France le savent assez. Travaillons donc tous, Messieurs, avec un nouveau zèle,
les uns en
France, les autres à l'étranger » (Entretiens Spirituels 117-8). Au lieu de nous
plaindre de
nos contemporains, il vaudrait mieux, dans la meilleure tradition missionnaire,
nous
investir dans l'étude de leur langue. Après tout, les missionnaires ont toujours
à annoncer
l'Evangile dans la langue de ceux vers qui ils sont envoyés.
Du 7 au 11 novembre, les supérieurs majeurs et l'administration générale se
retrouveront à
Sydney pour évaluer la façon dont les unités mettent en
œuvre les lignes
politiques
importantes de CS 2005 comme par exemple : « Sur chacun des cinq continents, la
Société accordera une attention toute particulière à l'évangélisation et à la
réévangélisation et procédera en conséquence à une évaluation régulière de ses ministères »
(30). En juin, l'assemblée commune de Boston et d'Atlanta travaillera sur les
nouveaux
défis missionnaires aux USA. Entre juin et début septembre, en Europe, les
chapitres et
assemblées extraordinaires des provinces et délégations définiront leur position
sur la
meilleure manière de remplir notre mission en Europe. Les Maristes d'Australie
et de
Nouvelle Zélande ont récemment mis en place des relations de travail dans les
domaines
de l'éducation des adultes, de la jeunesse, des ministères en milieux urbains et
dans les
paroisses au cœur des villes pour explorer ensemble ce que signifie 'être
missionnaire'
dans les sociétés sécularisées et individualistes d'aujourd'hui.
Tout cela suffit pour donner une réponse à la question que je posais au début de
cette
lettre. C'est un 'oui' catégorique ! Oui, la Société a toujours eu, et
maintenant plus que
jamais, une mission dans toutes les parties du monde, en Australie, en Nouvelle
Zélande,
en Europe, aux USA et au Canada pas moins qu’ailleurs. Que notre montée vers
Pâques,
tout juste entamée ce mercredi des Cendres, éclaire nos esprits, renforce notre
volonté et
réchauffe nos cœurs ; ainsi nous pourrons devenir des témoins plus généreux et
passionnés
du Seigneur ressuscité.